Valeurs contrastées
L’objet de cette recherche consiste à limiter ce que la réalité dans ses multiples nuances, nous donne à voir.
Limiter l’emprise du détail, voire l’éliminer par un jeu de construction en plans successifs tel qu’il va être décrit ici, serait par ces simplifications particulières une façon d’explorer une solution plastique — toute œuvre picturale en est une— qui dans la radicalité de sa mise en œuvre saurait aussi traduire ce qui émane de la nature des choses par ce qu’elle nous impose de sa complexité mouvante, constamment à l’épreuve de notre intention à vouloir en maîtriser l’apparence. Démontrer également que toute forme de représentation n’est que jeu de conventions émanant des multiples références auxquelles, souvent sans pouvoir les nommer, nous sommes sensibles.
Nous transposerons ce que nous observons des valeurs données par la lumière, en trois plans séparés.

Par cette lecture et la tâche précise qui lui est assignée, nous déplacerons la difficulté inhérente à l’entreprise même pour soumettre notre appréciation des choses à un pur protocole.
Rappelons-le, celle-ci est toujours prisonnière de la nécessité d’envisager, sans les posséder vraiment, toutes les solutions possibles, ce qui le plus souvent, revient à admettre qu’il n’y en aurait aucune.
Ainsi conduite, la « lecture » de ce que nous observons, nous fait entrevoir par éliminations successives, les moyens qui contribueront à la simplifier. Raccourcis qui nous donneront alors accès à l’invention de formes définitivement hors du champ de ces contraintes évoquées plus haut. Celles-ci n’étant rien d’autre, précisons-le, qu’un asservissement à la relation étroite que nous cherchons à entretenir avec « l’imitation du réel » ou pire encore, sa copie !
La première étape consiste à créer les mêmes dispositions et processus de travail que ceux qui ont été précédemment explorés, à savoir la création d’une silhouette apparaissant en blanc, (celui du papier, notre support), par un fond coloré bleu ou d’une toute autre couleur d’une valeur identique.
La réserve laissée par le blanc de notre support— une mise en volume par des moyens limités à un seul aplat brun ou d’une toute autre couleur de valeur identique. Déjà entre la silhouette et l’apparition de ce qui déjà semblerait être un modelé réduit à son expression la plus rudimentaire, nous anticipons sur les nuances à venir.
La troisième phase, celle du noir, ou teinte sombre va se superposer aux deux premières. L’association de cette surface complémentaire aux deux précédentes, fera apparaître une figure à la fois plausible et expressive de cette construction par plan.
Notons, cependant que ces superpositions successives de bleu, de brun et de noir1 se nuancent au gré des aléas du geste qui les façonne et de la facture qui en résulte. Autrement dit chaque étape, bleu, brun, noir, travaillée de façon fine et minutieuse trouvera au final une expression totalement différente que celle d’une succession d’aplats réalisés hâtivement ou brutalement. Ces jeux de textures pouvant intervenir dès l’exécution de la première couleur.
Ce que le geste produit le plus souvent à notre insu doit être, dans le cas présent, sciemment exploité, précisément, dans le jeu des textures, surface après surface. De la même façon que l’ensemble de notre dessin, jusqu’à son résultat final, sera dépendant de la forme et des proportions données dès l’exécution de la première silhouette blanche sur son fond bleu.
Rappelons au passage le rôle que tiennent les valeurs — ombres et lumières— dans une image, qu’elle soit peinte, dessinée ou photographique. Leur simplification réduite, comme dans le cas présent, à leur présence la plus élémentaire n’en restera pas moins signifiante. S’agissant de pures conventions plastiques, les volumes qu’elles traduisent n’étant, dans ce jeu d’illusion, que pure convention.


Ces deux dessins nous permettent de constater, à la façon dont chacun peut s’approprier les données d’un projet et les différentes phases de son processus, combien l’interprétation de ces recommandations peuvent varier et trouver leur originalité.

Ce dessin utilisant des principes similaires est à même de nous démontrer, puisqu’il est de la même auteure que le précédent, comment peut se développer une hypothèse. Le travail de la teinte sombre, après que la couleur ocre ait mis en valeur les plages de lumière blanche, joue le double rôle d’être à la fois l’ombre et l’architecture ainsi que sa composition dans l’espace de ce dessin.
-
Ces couleurs peuvent évidemment varier. ↩