Décor et minéraux
Les pierres, les cristaux, les minéraux, si nous les observons dans leur grande diversité, se présentent aussi comme autant de dessins, de jeux de formes, de textures et de matières, de couleurs également, transposables en d’autres formes plastiques. La peinture, le dessin, le découpage, le collage associés à divers matériaux, dans leurs diversités de formes, de support et de textures, seraient des équivalences graphiques à ce que fut « la violence des sévices tectoniques ». Si nos créations et ce que nous recherchons peuvent trouver leurs origines dans nos réflexions, elles sont souvent inspirées d’une image qui sans ostentation particulière, vient s’ajuster comme la pièce manquante d’un puzzle, concrétisant ainsi par une forme, un mot, une image, ce qui, jusque-là, restait épars et incohérent. L’observation des pierres, ou plus exactement, leur contemplation, auraient le pouvoir de nous mener là.
Les pierres, tant par leurs formes, leurs dessins que leur matière et leurs couleurs, sont des supports d’images particulièrement riches autant pour ce qui est de leur apparence que de ce qui en émane. Par leurs origines nous pourrions aussi les comprendre, comme les bouleversements de la matière en fusion, de l’alchimie volcanique qui les a façonnées, lisibles dans leur concrétion, la pétrification de leur mouvement, tels qu’elles nous sont parvenues, exhumées de la nuit des temps. Mais laissons la parole à Roger Caillois1 qui leur consacra toute l’attention d’un homme de lettre et d’un poète : « Je parle des pierres que rien n’altéra jamais que la violence des sévices tectoniques et la lente usure qui commença avec le temps, avec elles. Je parle des gemmes avant la taille, des pépites avant la fonte, du gel profond des cristaux avant l’intervention du lapidaire ».
Il s’agit donc moins de faire une étude documentaire de ces pierres que de nous inspirer de leur richesse graphique et pourquoi pas, leur dimension poétique. En vue de leur traduction ultérieure, nous en prendrons note. Ces notes, pour lesquelles il nous faudra sur place2, anticiper par quelque équivalence, faite de craie, de mine de plomb, à la plume ou au pinceau, fusain, et autres moyens graphiques. Ceux-là seront imaginés en tant que matériaux possibles comme les papiers découpés de différentes sortes, les empreintes d’objets ou photocopies de matériau etc. C’est sur ces indications associées à un certain nombre de croquis ainsi que de notes écrites, prises au musée, que nous pourrons travailler alors à la seconde transposition de ces pierres. Nous en profitons pour souligner ici l’importance des mots et le relais que ces notes pourront apporter à la compréhension d’une entreprise qui entend l’image comme le point central de notre recherche. Ainsi nommer une couleur par exemple, c’est déjà comprendre le rôle visuel qu’elle jouera dans une harmonie. Arthur Rimbaud n’a -t-il pas donné aux voyelles en les parant de couleurs, ce même pouvoir d’évocation visuelle ? Précisons que la station, le plus souvent debout devant les vitrines où sont disposées ces collections n’offre qu’un confort limité pour travailler. Le matériel sera donc réduit pour l’encre et le pinceau, par exemple, à des « feutres pinceaux », existant en de nombreuses couleurs, crayons gras et durs, craies, pastels, stylos à bille, feutres fins, carnet de petite taille. Ces croquis assimilables à des notes écrites, ceux-ci ne pourraient être qu’allusifs à des mouvements, des structures et des rythmes, des relevés de formes ; les descriptions susceptibles de nous aider par la suite à reconstituer un souvenir où les mots, comme il vient d’être souligné, jouent aussi un rôle de catalyseur. Le nom des couleurs tels que Rouge de Venise, Cendre verte, Bleu Outremer, Cinabre, vert Japon, Terre de Sienne, Vert Véronèse, ont comme ceux des pierres, Fluorine, Tourmaline, Malachite, Météorite, Chrysoprase… un pouvoir de séduction propice à un tel projet. La mise au point définitive de ces recherches pourrait trouver son application dans la création de motifs pouvant tout aussi bien être associés au tissu et par extension au décor, panneaux muraux ou paravents ou encore des pièces uniques telles que les trois dessins présentés ici.


C’est vraisemblablement ces arrêtes vives, cette transparence cristalline, qui inspirèrent ce dessin aux lignes tendues et acérées, tracées à la règle, ponctuées de quelques surfaces minutieusement lignées, d’où sourd une teinte qui semble émaner de la seule réfraction de la lumière.

Bien que leurs couleurs diffèrent de celles de leur modèle, par la seule légèreté de leurs teintes et leur patiente disposition, ces concrétions d’aquarelle soudées à leur enveloppe, ont su retrouver la nature de cette Améthyste.