La composition
Tout dessin, comme toute image, quel que soit le sujet, suppose que nous prenions en compte un élément déterminant quant à sa réalisation : la composition. La composition a toujours été comprise comme la structure indispensable à la construction d’un tableau. Obéissant à des lois tel le nombre d’or, selon des principes variables depuis la Renaissance mais qui valaient aussi pour la construction des temples comme il est supposé des pyramides, l’espace à l’intérieur duquel le peintre, le graveur, le dessinateur organise son œuvre, se sera conformé à ces modalités.

Le dessin, par la spontanéité, l’immédiateté de sa mise en œuvre n’impliquerait pas de tels préalables. Aussi brève soit son exécution, libre sa mise en place et succincte sa mise en forme, un dessin obéira cependant aux mêmes impératifs. L’exemple choisi ci-dessus ne ferait que soutenir le rôle majeur que tient la composition. Ici ce n’est plus en faveur d’éléments symboliques qui agiraient selon leur disposition dans la composition mais de la mise en valeur de choix purement plastiques, que dépend ce principe.
Et si la disposition des objets mis en place, peut jouer un rôle déterminant dans la composition, c’est avant tout à ses nuances graphiques qu’il faut attribuer l’originalité de celle-ci.
Les figures élémentaires qui composent cette nature morte, un cadre de bois, un cube, un parallélépipède également en bois et une boîte de carton, confèrent à l’ensemble une sobriété propice à développer le climat que nous devons à la distribution des ombres et des lumières, au jeu des valeurs et à la texture du dessin, qui, tout autant que la place des objets, façonne de ses plans de gris et de noir, l’harmonie de l’ensemble.
La qualité de ce dessin est également due à la figuration d’un élément éphémère : le temps. L’apparition de l’ombre portée d’une fenêtre occupant le fond du dessin, comme celle des figures posées, soulignant leur assise, la découpe sombre du cadre de bois placé à contre-jour, apportent leur concours à l’élégante « dramatisation » de l’ensemble.
Il faut aussi souligner le choix de l’outil : crayon gras, mine de plomb travaillée avec un mélange de précision et de légèreté, distribuant une texture à la fois douce et dense, au grain patiemment étendu sachant mettre en valeur la délicatesse des nervures du bois, aussi bien que les nuances à la fois coupantes et estompées des ombres portées.

Ci-dessus cette composition de Georges Braque, semble obéir, telle une improvisation musicale, à la concertation spontanée d’éléments picturaux articulés sur la tension plastique de figures « prêtes à l’emploi », tels ces papiers collés et leurs fragiles relais de signes graphiques tracés au fusain qui eux-mêmes seraient des « prêts à l’emploi » d’une typologie cubiste.