Balayage et modelage

S’agissant de dessin, un modelage dans ce cas présent, consiste à aborder la forme, à l’approcher et en quelque sorte l’apprécier du geste, la faire apparaître sous l’aspect d’une esquisse allusive, évocatrice, davantage que précise.

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Dessin de l'auteur

A l’aide d’un feutre fin comme sur l’exemple qui précède, une silhouette sera dressée par balayage en cherchant la coïncidence entre celle que nous observons – notre modèle posant en contre-jour- et les passages successifs de notre outil (feutre fin, crayon, fusain, plume …) qui peu à peu vont la façonner.

Le balayage de l’outil se prêtant à cette « sculpture » des volumes de sorte à les voir émerger au fur et à mesure de leur expansion.
Précisons que cette construction ne doit pas être le remplissage d’une silhouette qui aurait été préalablement tracée, mais évoluer au gré du mouvement de l’outil et du geste, suspendus à notre observation, tel que nous le montre la figure la plus grande de l’exemple ci-joint.

Sur différentes poses de notre modèle, afin de disposer de plusieurs hypothèses comme de nuances dans ce travail préparatoire, plusieurs dessins ou modelés, seront réalisés.

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Dessin de Pierre Bonnard

À ces balayages constituant les formes d’une apparition, nous associerons le tracé d’une ligne venant confirmer et donner sens à ce qui n’était qu’une allusion. Par cet apport de la ligne, nous viendrons partiellement ou totalement l’achever.

Si l’intervention de la ligne et son apport descriptif, trouvera ses repères dans l’observation de notre modèle, il doit surtout s’attacher à mettre en valeur les formes suggérées par ce que le travail préalable de modelage  aura esquissé. Ce dessin de Pierre Bonnard, nous donne la mesure du procédé mais avant tout de sa dimension esthétique, faisant d’un paysage l’élégant gribouillage qui à l’instar de H. Matisse, nous ferait dire qu’avant « de faire un paysage, je fais un dessin »

Cette forme de « construction » allusive procède d’une approche sensible, libre et modifiable à volonté.

Soulignons au passage que certaines méthodes de construction souvent préconisées dans les cours de dessin, consistant à réduire par exemple, un visage à un ovale surmonté d’une croix supposée situer l’axe des yeux et du nez, une autre ligne, la hauteur des seins, puis de la taille ; ces pratiques, nous le précisons ici, ne font que dévoyer l’approche du dessin dans un schéma stérile, abolissant, par ces « repères », tous risques nécessaires et salutaires et qui plus est, emprisonnent le dessin dans un carcan de précautions sans esprit, éliminant toute présence de son auteur.

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Dessin d’une élève de l’Ensad

Cet excellent dessin, comparable au modelage d’une sculpture, utilise les variations de pression sur l’outil (craie Conté) pour obtenir les nuances de formes et de lumière qui, avec leur texture, lui donnent cette beauté violente et douce.

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Dessin d’une élève de l’Ensad

Sur celui-ci, le mouvement l’emporte nettement, laissant au trait et à ses traces le pouvoir de son ambiguïté entre ce labourage et ce qu’il représente ; à la façon du paysage de Pierre Bonnard, dont chaque plan exprime avant tout une sorte de bonheur nonchalant, entretenu entre l’art du geste et la nature du dessin, ces manières de griffonnages et ce qu’ils représentent.

Dans ce dessin nous comprenons les échanges qui se sont établis entre ces plages crayonnées d’un mouvement ample et l’association simultanée d’une simple ligne, décrivant avec la même pertinence aisée, les bras et les mains, le visage et son expression, comme si de ce balayage ils avaient pris librement leur essor.

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Dessin d’une élève de l’Ensad

Ce dessin présente l’intéressante ambivalence d’être à la fois dépendant des lignes de construction préconisées dans l’apprentissage académique, tout en étant inspiré d’une grande liberté du geste et du maniement de l’écriture qui le distancent sans équivoque de ces navrantes pratiques.

Ce dernier dessin ne ferait que témoigner de l’originalité de chacun à s’approprier un thème ou un principe et y apporter sa personnalité, son invention à partir des moyens dont il dispose et qu’il aura su parfois orienter dans des domaines qu’il méconnaissait de prime abord.