Mime
Nous avons demandé à notre modèle de mimer des sentiments. Aux expressions de son visage s’associèrent celles de son corps. De la même façon qu’en les mimant ses traits exprimaient la peur, la rêverie, l’étonnement, le plaisir, par exemple... Ses gestes, ses postures, la direction de ses yeux, le dessin de sa bouche, le jeu de ses mains, le mouvement de ses bras, la hauteur de ses épaules, le déplacement du buste, l’inclinaison du visage, la forme de sa chevelure… n’était alors que le prolongement de ce que le visage cherchait à dire. En la théâtralisant, ses gestes et ses postures ont fait d’elle un assemblage de formes éloquentes.
À l’apparence habituelle « du modèle vivant », son rôle étant ainsi détourné, se sont substitué l’une après l’autre ces métamorphoses et ce qu’elles nous donnaient à voir.
Cette théâtralisation venant rompre avec l’attitude passive que nous lui connaissons généralement dans cette relation pour le moins « académique » des cours de dessin.
Il est certain que ce « modèle » confiné dans son statut d’objet d’observation quasi anatomique, détaché de toute humanité, sans caractère particulier, n’est pas sans influencer l’esthétique toute particulière des dessins qui se font là.
Dans l’exercice difficile que nous lui avons proposé, soulignons le rôle exceptionnel de notre modèle transformé en mime pour la circonstance. Précisons également que ses expressions ne pouvaient être maintenues plus d’une minute environ, au delà de cette limite la mimique perdant toute spontanéité devait se maintenir dans une fixité difficilement tenable, sinon caricaturale. C’est donc le temps qui imposera finalement sa loi. Nous constaterons que plutôt que de compromette cet échange, puisqu’il s’agit bien de cela, il en a aiguisé l’acuité.
Enfin le principe narratif qui prévaut ici, nous incite plus qu’il ne nous oblige, à trouver de façon directe et spontanée, les moyens graphiques qui s’imposent.
L’histoire de l’art témoigne des nombreuses relations privilégiées qui ont lié les artistes à leur modèle. La Fornarina, Tohotaua, Jeanne, Dina, Marthe, Lydia, Kiki, Dora, Françoise, Jacqueline... Les femmes peintes et dessinées par Raphael, Klimt, Schiele, Modigliani, Pascin, Matisse, Bonnard, Gauguin, Man Ray, Picasso, Maillol ...furent à la fois modèle, égérie, maîtresse ou compagne. Leur personnalité mêlée des sentiments que ces femmes aient pu inspirer s’est souvent imposée jusqu’à tenir la place centrale de l’œuvre.






Si notre modèle, durant ces séances n’avait pas le rôle privilégié, qui pour nombre d’artistes, aura favorisé cette complicité, son action cependant aura ouvert la voie qui nous a permit de lui donner vie, comme de donner sens à nos dessins.
Résoudre graphiquement ce qui sur un visage exprime l’étonnement, la tristesse, le plaisir ou l’ennui, suppose la recherche d’un vocabulaire de signes. Autrement dit nous incitera à trouver les agencements graphiques qui participeront à ces transformations.
Ce qui est à retenir dans ces travaux avec ceux qui suivent : « Les 7 pêchés capitaux » « Habillée déshabillée » et « Habillage, déshabillage », c’est la théâtralisation du modèle, qui pour en être l’illustration, nous fera, par conséquent, aborder le dessin comme un système narratif, assorti des intentions qui nous conduisent à signifier ce que le spectacle provoque en nous de remarquable.
Notre modèle avait ce don et le talent de nous émouvoir, faisant de sa nudité un drame, une farce, une comédie ou une satire. Si les exemples qui illustrent ici cette tentative étaient emprunts d’un métier certain, les derniers dessins qui viennent illustrer cette proposition, seraient à eux seuls, puisqu’ils ne sont pas le fait d’un talent éprouvé, le témoignage de ce rapport sensible et ému dont il vient d’être question.
Les femmes et les hommes dont l’image figure dans l’histoire de l’art, nous disent, pour la plupart, l’échange complice, offert, imposant ou soumis à celle ou celui qui ont cherché en elles et en eux, la cohérence entre leur présence et l’art d’exprimer ces nuances qui séparent l’image convenue de celles qui nous communiquent l’indicible.

Ce portrait, dans l’humilité de sa facture et de son économie, nous fait partager les sentiments de l’auteur pour cette femme représentée dans toute la tendresse de son humanité. Yan Van Hoech semble être allé au delà des seuls traits d’un visage, au delà d’une vraisemblable ressemblance, son art nous dit derrière ce visage touchant d’attention et de complicité retenue, les liens secrets qu’il entretenait avec sa femme.

Dans un registre plus direct et expressif, cette illustration de Norman Rockwell, « The gossips » est une brillante démonstration d’association d’expressions se nuançant et variant selon le caractère de chacun des protagonistes et la façons dont cette rumeur semble se répandre et s’accentuer en amusant, scandalisant, surprenant, étonnant ou vexant, l’un provocant l’autre dans son parcours.
L’auteur avec un sens aigu des conventions, joue à la fois de la mimique de ses personnages, à laquelle il associe gestes et accessoires pour mieux marquer de sa saveur, le rôle que chacun joue dans cette pantomime.




Cette suite de dessins exécutés sur les mêmes recommandations serait à elle seule la preuve de capacités latentes qui dans ce cas présent sont aussi loin d’une quelconque virtuosité. L’auteur ne s’étant jamais affronté à une difficulté qui dépasse de loin les possibilités d’un savoir-faire, a su exprimer par sa seule sensibilité les variations d’expression de notre modèle.
Chaque dessin dans son économie attentive fait passer outre ce qui, sur l’étroit plan de l’apprentissage, passerait pour des maladresses. Bien loin d’en être au contraire, ces dessins par ce qu’ils tiennent de pertinent donnent à ces métamorphoses la démonstration d’un art.