La ligne comme projet

Cet exposé devrait nous être utile à double titre. Comprendre le processus de création comme un échange entre ce qui, pour l’essentiel, consiste à nous inspirer d’éléments existants, lisibles et référencés et celui d’apprécier ce qu’il advient d’un processus de création.
Ce que nous créons est par définition, travail de citation, allusions par lesquelles nous signifions.

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Notes de cours

C’est par cette mutation du sens, entre ce à quoi nous nous référons et ce que nous exprimons que s’opère la transformation entre un trait de plume et une ligne d’horizon. Opération de conversion soumise aux aléas de notre perception des choses. Ce que nous disent les choses, ce que nous en percevons, varie d’intensité comme de signification selon le savoir et l’expérience que nous en avons.
Cependant, nous conviendrons que cet essai se situera en deçà de toute référence picturale pour ne constituer qu’une expérience.

Nous partirons du principe que les moyens dont nous disposons, qu’elles que soient nos compétences, n’ont été l’objet , s’agissant d’un cours de dessin, d’aucune exploitation graphique de cette nature. Nous pouvons ainsi admettre que le point de départ d’une composition pourrait s’articuler autour d’un simple jeu de lignes, celles-ci, inspirées de celles que nous pouvons rencontrer et observer dans notre environnement immédiat.

Considérons alors l’observation de cet environnement et l’ensemble des éléments qui s’y trouvent pouvant se traduire par des lignes :
Poudreuses, épaisses, vibrantes, courbes, douces, ténues, molles, ondulées, hésitantes, fragiles, fortes, tendues, coupantes, acérées, fines, souples, nettes, grasses…

Ces qualificatifs pouvant se lire autour de nous, sur un angle de mur, la silhouette d’un objet, la forme d’un vêtement, d’une chevelure, d’un meuble… Si l’opération qui consiste à transposer ce que nous observons, en une forme graphique, dans ce cas précis, le soutient des mots, comme il a été souligné dans le précédent exposé, quel que soit le « modèle », inspirerait et illustrerait, en quelque sorte, son image.

Ajoutons ce que le sens des mots peut avoir d’évocateur et ce qu’ils peuvent nous suggérer, lorsque nous les associons à un support observable.

Cette interprétation est totalement subjective et ne se conforme qu’à l’appréciation de chacun. Il est donc entendu que ce qui est qualifié de « coupant » ou d’ « acéré » pour certain, pourrait aussi bien être « net » ou « tendu » pour d’autres et impliquer une toute autre traduction. Ces objets pris à témoin sont à considérer comme des supports à ces jeux graphiques, variant selon le geste qui les conduit, comme la qualité de l’outil qui fera le tracé et n’en retiendra que des lignes.

Si le rôle attribué au jeu des références, porte ici sur des mots c’est aussi pour souligner l’exploitation que nous avons à faire de leur sens et ce qu’ils désignent. De même que si un rouge selon que nous le nommons « vermillon », « de Venise », « Carmin » ou « Bordeaux » peut trouver sa place dans notre palette, c’est aussi parce que l’expérience et la mémoire des noms que nous avons associé à une couleur ont déjà prit un sens.

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Dessins réalisés par les élèves du Studio Berçot

À l’inverse, en observant ces lignes présentées verticalement, nous pourrions tenter de leur attribuer une origine et voir dans les huit dernières, la jupe de satin vert que portait une des élèves, une capsule de maquillage, les surpiqures d’un vêtement, le zip d’une bottine.

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Dessin réalisé par un élève de l’Ensad

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Dessin réalisé par un élève de l’Ensad

Ces compositions comparables, dans leur procédé, à celles qui ont été réalisées avec le concours d’une danseuse, ont trouvé leur origine dans un échange à la fois spontané et réfléchi de l’observation. Ce que le spectacle des choses et la nature de leur mutation à travers le prisme de notre imagination peut produire et révéler d’un domaine propre à chacun et trouver des solutions aussi inédites que momentanées. Ces supports à notre imagination ont été longuement analysés et décrits dans les textes de Kandinsky.