Étude d’arbre
Le dessin d’un objet, quel qu’il soit, suppose une observation minutieuse des formes qui le composent et ce à des fins de mémorisation de sa nature, ou caractère. L’étude d’un arbre, serait le parfait exemple d’un sujet qui au delà de son apparente simplicité, exige de sa traduction, bien que restant allusive, une attention qui ne saurait se passer de précisions.

Un arbre est constitué d’un tronc, se séparant en branches maîtresses, prolongées par celles qui en sont les subdivisions, elles mêmes allant se multipliant pour se poursuivre en d’autres embranchements de celles-ci et ainsi de suite jusqu’aux sommet que forme la cime en une multitude de rameaux, apogée de ce déploiement. Cette description schématique rencontre d’infinies variations dont les méandres, la densité et les entrelacs sont aussi divers que chacun d’eux est unique tout en obéissant aux mêmes configurations.
A l’observation, même attentive, de ces structures, il apparaît difficile, voire impossible, de suivre point par point leur distribution complexe. Tenter un relevé aussi précis que scrupuleux impliquerait un labeur d’une telle minutie qu’il annihilerait toute spontanéité, toute possibilité d’invention et d’expression. C’est précisément ici encore, au fur et à mesure que nous parcourons ces connexions, par la transposition qui s’impose et guide ce que nous avons à observer, que nous comprendrons la formule à trouver. Elle est avant tout spontanée dans ses choix. Privilégier tel parcours plutôt qu’un autre, choisir telle succession de branches plutôt que celle-ci, reste une décision intuitive, qui s’imposerait par la marche de notre dessin, son évolution graphique.
La nature ne s’invente pas. Elle est douée de particularités qui ne demandent qu’à être exactement comprises et non copiées, pour en restituer la singulière réalité.
L’invention se situe là, dans le regard qui saura suivre ces variations pour les traduire en un dessin qui lui, émane d’une autre singularité, celle de l’auteur et de son « écriture » ; celle qui traduira « la nature des choses en nature de dessin ». *
« Le Retour des chasseurs », œuvre de Bruegel, et le paysage de Corot qui l’accompagne, nous montrent à leur façon, la relation attentive qu’ils ont su établir entre le sujet et son interprétation. Bruegel en recomposant le dessin de ces arbres, tout en en simplifiant l’apparence rejoint leur naturel. Corot, par une interprétation intimement liée à la technique hâtive de sa plume saisit les nuances qui par la seule gestuelle du tracé suggèrent les variations des nappes de feuillage, traversées de part en part de leurs réseaux de branches, et bien qu’allusifs, il sut les placer exactement là où il faut.


Ces derniers dessins, réalisés par mes élèves de la manufacture des Gobelins, illustrent cette compréhension sensible qui, tout en les simplifiant, ont restitué parfaitement les nuances de la nature. Il nous faut ici relever un point important, le rythme de l’écriture, celui qui a façonné le jeu des lignes et leur mouvement dans l’espace du dessin, fait d’accents variables selon ceux que la nature présentait. Encore une fois, ces dessins le démontrent, leurs variations graphiques résultant de l’intuition seule et de l’échange qui a été établi entre la nature des choses et sa traduction en « natures de dessin ».



Ce dernier dessin associe à la justesse de l’observation une interprétation graphique qui semble être la traduction directe du déploiement des branches, de l’écorce aux rameaux. À sa façon ce dessin rejoint la transposition graphique de Corot. Non plus la fine structure de l’entrecroisement des traits de gravure mais par les mouvements d’un tracé ample et dense qui prolonge d’un geste le dessin de l’écorce, le mouvement des branches, confondant trait de fusain ; dans sa « nature de dessin » à celle des rameaux dans sa « nature des choses ». À noter également le cadrage ou composition, intimement associés à l’écriture, contribuent à donner à ce dessin une dimension presque symbolique attestant de l’emprise de l’imagination sur le réel et de ses capacités à faire de la nature des choses un objet d’art à part entière.