Du pinceau à la forme

Le geste qui conduit le pinceau, dépend dans cet exemple aussi d’un matériau : couleur acrylique étendue avec un médium qui par sa viscosité, sa transparence et sa souplesse offrent des nuances dont les qualités plastiques vont influencer de façon sensible la construction du dessin. Si l’outil ne dirige ni la main ni la pensée qui la conduit, en partie il en détient la facture. Quant au matériau, eu égard à ses qualités, il y contribue tout autant.

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Notes de cours

Selon la taille du pinceau et ce qu’il contient de ce mélange, nous obtiendrons un tracé dont l’ampleur et les contrastes nous apportent, si nous les comparons à un trait de plume, une densité, une puissance d’expression qui relativement au sujet dont il s’agit ici, implique une simplification presque emblématique, des formes de notre modèle. Cette recherche a déjà été abordé précédemment, d’y revenir sous cette forme nuancée par les matériaux nous conduit à trouver dans cette rencontre une formulation qui n’avait pas encore eu, dans ce recueil, de précédent.

Nous nous trouvons constamment confronté, lorsque nous exécutons un dessin, à une première réalité, celle de notre propre expression. Ce langage graphique, paradoxalement, passe au second plan, voire inaperçu devant l’objet observé, alors qu’il devrait s’imposer par son écriture ou encore sa « nature de dessin ». Ici c’est aux contrastes de ces lignes denses et leurs assemblages en fragments additionnés les uns aux autres, que nous devrons ces raccourcis ou ces simplifications des nuances. Là où une ligne légère et déliée conviendrait à une certaine idée de la féminité par un traitement plus communément admis, nous détournons en quelque sorte ces codes pour les refondre dans une harmonie d’une toute autre nature, celle des contrastes et des oppositions de noir et de blanc, associées à la facture particulière du pinceau, dense et fluide. Cet outil quelle que soit sa taille est d’une maniabilité tout à fait différente d’un crayon, par exemple. Il nous oblige comme il vient d’être dit, a une « écriture » qui porte avec elle cette esthétique à la fois sommaire, souple et robuste et dont le rythme sera associé, dans sa formulation à la construction même du dessin que nous exécutons plan par plan, fragment après fragment.

La facture d’un dessin, selon la technique employée, n’est pas toujours appréciable dès ses premières lignes et c’est souvent en l’achevant qu’elle s’affirme et se montre.

Ici, ce sera avec elle qu’il nous faudra d’emblée composer ; prendre appui sur ce que produit le pinceau, sa trace pleine et souple, affirmant de son poids la forme qu’elle décrit. L’usage d’une technique quand bien même nous l’aurions expérimentée reste toujours ouverte, cependant le fait d’engager l’opération dans cette voie, nous conduit à des ruptures et par conséquent des innovations auxquelles, sans ce parti, nous n’aurions jamais eu accès.

Ces dessins le démontreraient puisque c’est en partie grâce au pouvoir du pinceau, que certaines inventions ont trouvé, dans les dessins qui illustrent ces pages, des solutions totalement imprévisibles.

C’est bien dans ce sens, celui d’une exploration, que devrait être abordé chaque séance, et qu’ainsi de l’une à l’autre, puissent se rencontrer, souvent de façon fortuite, les différentes solutions d’une recherche. Ces quatre dessins avec des résultats différents nous montrent la façon dont été abolies un certain nombre de critères propre à la figuration classique et ses penchants académiques. Formes, volumes et lumières ont trouvé leur formulation

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Dessin de Juliette

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Dessin de Louis

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Dessins Brigitte Corinti